Faisable ? Tout dépend de la grosseur des tiers, démontrent Chevreux et d'autres. Mes tiers sont très approximatifs, comme ceux de Nicolas Sarkozy.

J'écrivais le mois dernier chez Jean-Louis Bianco :

Les “trois tiers” façon Nicolas Sarkozy (un tiers pour les salariés) n’ont pas de sens à mon humble avis. Total a très peu de salariés, a fortiori sur l’activité “exploration et concessions” qui dégage l’essentiel de ces bénéfices. Ce serait profondément injuste que ces salariés Total reçoivent 7 milliards (ce qui leur ferait, je crois, l’équivalent de 2 ans de SMIC net par personne).

La vraie redistribution profitable à la société, c’est l’impôt sur les bénéfices. Grâce à l’imposition sur le “bénéfice mondial consolidé”, je me demande bien ce que paye Total (à peu près 0 selon Marianne, 17 novembre 2007).

AMHA, la proposition “de Ségolène Royal” et la proposition “socialiste” citées dans le billet de M. Bianco ne sont pas à l’échelle.

La proposition de M. Bianco (1/3 consommateurs, 1/3 R&D, 1/3 écologie) a le mérite de dire : 100% pour l’intérêt public, y compris sous forme d’investissements internes à Total. Oui mais, le seul mécanisme qui permet concrètement d’affecter ainsi les bénéfices d’une société pétrolière, s’appelle sa nationalisation.


Ce qui se passe dans certaines entreprises financières ou multinationales dépasse ce que j'avais imaginé. Il ne s'agit plus de tailles inégales des tiers. Il s'agit de prendre un maximum d'argent inexistant, en le faisant exister par des évaluations imaginaires des actifs, par des licenciements, par les subventions publiques, plus globalement par la "relance" qui maintient à flot des établissements virtuellement faillis.

À ce niveau de prédation, le discours des possédants n'est plus recevable. Leurs justifications ne peuvent même plus cacher la honte de leur doctrine (quand la maison brûle, la piller plus vite encore).

Le Canard nous rapportait il y a une ou deux semaines l'indignation d'un des porte-parole les plus éminents du capitalisme français, scandalisé par la "cupidité" de certains de ses pairs. Ce Monsieur, selon le Canard et si je me souviens bien, a encaissé 200 millions d'euros de rémunérations. Quand il aura rendu à la Nation et/ou à ses anciens employeurs, les 90, 95 ou 99% de cette somme qui dépassent une juste rémunération de son travail, peut-être ses paroles prendront-elles un sens. Jusque là, elles ne peuvent que déconsidérer le langage.

François Bayrou dit que le capitalisme sera moral "quand les poules auront des dents". Certes, si ces gens-là font ces carrières-là, il est raisonnable de supposer que c'est essentiellement pour gagner de l'argent, non pour combattre la cupidité et autres péchés capitaux. Leur demander de "rendre l'argent", comme feint de le faire un gouvernement à la recherche de boucs émissaires, c'est comique. (Laurence Parisot fait-elle une cible privilégiée, pour n'avoir pas été à la nuit du Fouquet's ?)


Une entreprise privée fait à peu près ce qu'elle veut de son argent - même si on peut exiger des normes comptables qui la protègent mieux contre le risque de se dépouiller elle-même.

La justice dans la rémunération se voit à une échelle plus large que celle de l'entreprise : à l'échelle de la société entière. C'est donc à la collectivité publique de taxer des montants qui dépassent ce que peut être la rémunération du mérite, du travail accompli. Il serait donc tout à fait normal, moral que les taux de taxation montent jusqu'à près de 100% pour des montants extrêmement élevés (on nous rappelle ces temps-ci qu'ils ont atteint jusqu'à 91% aux Etats-Unis).

C'est cela qui couperait la route à la tentation, pour les dirigeants de grandes entreprises, de se livrer à une prédation massive. Travailler pour le long terme, pour une rémunération durable, deviendrait leur intérêt.

Dit autrement : l'imposition élevée des très hauts revenus permettrait de crever les bulles financières.

Simplement, c'est impossible, à cause de l'évasion fiscale via les pays à secret bancaire, des localisations fictives des sièges d'entreprises, etc.

Donc : l'interdiction des paradis fiscaux et du secret bancaire permettrait de crever les bulles financières ... et rouvrir la voie à une croissance durable, viable, soutenable, de long terme.