... je suis prêt à me dénoncer. À dénoncer mon triste manque de sens politique.
Patrick Lozès, "noir, tout simplement" préside un collectif, le CRAN "Conseil Représentatif des Associations Noires" de France.
Politiquement, Patrick Lozès est classé depuis 2007 au Nouveau Centre, il a été auparavant à l'UDF pendant près de 20 ans, candidat UDF aux législatives en 2002 à Paris.
Selon Patrick Lozès, lis-je, "François Bayrou n'a rien compris aux questions de diversité", c'est-à-dire, entends-je, aux Noirs.
Au préalable, à la lectrice ou au lecteur pour qui ce n'est pas un sujet, je recommande de laisser tomber le présent billet et d'aller lire l'excellente anthologie du Point.
C'est une histoire qui m'attriste, aussi pour des raisons personnelles.
C'est, pour ce que j'en connais, une histoire en trois temps.
Le premier : François Bayrou, quand il accède en 1998 à la présidence de l'UDF, ne comprend peut-être pas, en effet, les "questions de diversité". Une des quatre pages introductives de son livre "Hors des sentiers battus" est consacrée au "refus de reconnaissance".
C'était en Seine-Saint-Denis. Je venais de tenir une réunion tendue qui avait opposé, de manière inopinée, des adolescents, pour la plupart d'origine nord-africaine, certains encore presque enfants, à des personnes plus âgées, dont certaines ... terrorisées ... À la fin du débat, des filles ... m'ont rattrapé ... : "Nous, on n'a pas notre place. Quand on cherche un travail, un stage,... il suffit qu'on montre nos papiers. Dès qu'on vient du 93, on est barrés !" Nulle allusion à la couleur de la peau, ou à la consonance des noms. Le 93 était leur identité ; à cause d'elle, elles étaient rejetées. ... Ce sentiment,... celui des enfants de banlieue, ... c'est aussi celui des campagnes qui se dépeuplent. C'est celui des paysans, ou des médecins ... L'impression d'être barré devrait être considérée comme l'ennemi public numéro un.
Deuxième temps : François Bayrou, quand il fait en janvier 2006 sa déclaration d'indépendance vis-à-vis de la droite, fait, dans son discours programme, plus qu'allusion à la couleur de la peau.
J'ai mis très longtemps à comprendre ... que nos compatriotes de couleur noire, simplement parce qu'ils ont un peu plus de pigment de mélanine dans la peau que nous en avons, ont un terrible problème de reconnaissance et d'identité.
Cela me semble bien proche du registre de Patrick Lozès.
Troisième temps, et c'est là que je foire. Le CRAN envoie aux candidats à la présidentielle française, un long, fort long questionnaire, 15 questions détaillées couvrant un champ large, avec un délai impératif : parution annoncée dans Le Monde daté 22 février 2007. Parmi celles-ci, une question manifestement ultra-sensible, parce qu'il s'agit "du" projet porté par le CRAN à l'époque : "13. Etes-vous prêt à vous engager en faveur d'un grand centre international des cultures noires en France ?"
Je trempe ma plume dans l'eau de prudence et propose la rédaction suivante :
Je vois le succès et le rôle, culturel et diplomatique, de l'Institut du Monde Arabe. Je vois aussi le succès du Musée du Quai Branly, et des expositions qu'ont organisé des musées dans toute la France à partir de leurs collections constituées dans les pays qui étaient colonisés. Ces exemples témoignent de l'intérêt de nos concitoyens pour la diversité des racines, longtemps occultées ou négligées, de notre peuple. Et la création culturelle actuelle des mêmes peuples, de l'outremer, suscite elle aussi un intérêt légitime, enrichit la culture française et francophone, et contribue à sa place dans le monde. Le projet d'un Centre International des Cultures Noires me semble donc digne d'être étudié et discuté, avec tous ceux qui en seraient parties prenantes.
Mais j'envoie le texte "sec" sans penser à souligner en marge le caractère sensible de la question, ni à argumenter ma réponse.
François Bayrou n'aime guère être pressé par un calendrier qui n'est ni le sien, ni celui de l'actualité, mais seulement celui monté par une institution, aussi sympathique soit-elle. Mais aucune réponse ne partira sans être validée. François Bayrou relit le tout et garde l'essentiel de mes cinq pages de réponses aux 15 questions. Mais une réponse paye pour les autres, et c'est la 13, qui devient :
Je ne sais pas ce que sont les « cultures noires ». Pour moi, les cultures relèvent de la géographie et de l’histoire et non de la couleur de la peau.
Je m'arrache quelques cheveux, mais trop tard, évidemment.
C'est le seul point qui sera retenu spécifiquement de la réponse du candidat ; le CRAN a "déploré que le président de l'UDF soit le seul à s'opposer à sa revendication d'un "grand centre international des cultures noires en France", au motif que "les cultures relèvent de la géographie et de l'histoire et non de la couleur de la peau"."
"Nicolas Sarkozy semble trouver meilleur grâce, Patrick Lozès remarque avec intérêt « la richesse et la diversité » de ses propositions, mais il se demande à qui ressemblera le Sarkozy président. Au « ministre très peu à l’écoute » ou au « candidat à l’écoute » ?" selon le blog fxgpariscaraibe. M. Lozès eut la réponse quelques semaines plus tard. Quant au "grand centre international des cultures noires en France" auquel tous les candidats moins un semblaient favorables, il a été implanté où, déjà ?
Si M. Lozès me lit, je peux juste lui témoigner ma conviction : le discours de janvier 2006 traduisait certainement mieux la pensée de François Bayrou, que son coup de stylo rouge de février 2007. Même si beaucoup de gens ont encore à le saisir : l'histoire et la géographie, si on zoome un peu, on voit qu'elles dépendent beaucoup de la couleur de la peau.

Le raccourci fait en début d'article entre "diversité" et "noirs" me parait erroné/ excessif.
Une chose est sûre : il ne faut pas négliger ces "leaders d'opinion issus ou représentants de la diversité" .
A titre d'exemple, il ne faudrait pas sous-estimer ni oublier le rôle qu'a joué Azouz BEGAG dans la campagne présidentielle et qui aurait toute sa place dans le bureau exécutif national.
Amicalement.
Olivier de Antibes SOPHIA ANTIPOLIS
Mais nous sommes tous issus de la diversité ! Nous sommes tous des métis, même en étant tout blanc ou tout noir ou tout jaune.
Seule doit compter la valeur. Les statistiques éthniques ont fait des drames en afrique comme dans un pays comme le Cameroun.
Lire mon article : http://fanal-safran.over-blog.com/a...
qui est une revue de presse de Jeune Afrique.
Mais j'en ferais d'autres et avec un ami Camerounais. C'est mon cheval de bataille cette histoire.
Bonne soirée,
Danielle
Lecteur assidu de ce blog passionnant, instructif, généreux, intelligent (je pèse mes mots) je reste étonné par l'assiduité de l'auteur à vouloir sauver la mise de François Bayrou. Me vient à l'esprit une citation attribuée à Freud : quelquefois un cigare est juste un cigare. Rien de plus.
Avec toute ma sympathie et mon amitié.
Que de commentaires sympathiques et aimables !
Je répondrai en particulier à Herr_B que j'avais ce billet en tête depuis des mois. S'il y a un moment de mes 18 mois au siège de campagne dont je voulais parler, c'était de celui-là, de ce ratage minuscule et tragique. C'est la déclaration récente de Patrick Lozès, charriée aujourd'hui par google actualités, qui m'a fait prendre le temps du billet.
Il ne s'agit d'ailleurs pas de donner raison à Patrick Lozès sur le CICN (je pense exactement ce que j'avais écrit sur la "question 13"…), ni tort à François Bayrou. Sa réponse lapidaire est certainement parfaitement exacte : "pour (lui), les cultures relèvent de la géographie et de l’histoire et non de la couleur de la peau", et "(il) ne (sait) pas ce que sont les « cultures noires »." On a le droit de ne pas savoir.
Moi qui ai passé deux ans dans un pays noir, et dix-huit dans une famille qui l'est assez, moi qui ai lu quelques dizaines au moins d'ouvrages écrits par des Noirs, dont la plupart sur des mondes Noirs et l'histoire de Noirs, c'est précisément la lecture du numéro spécial du Point qui m'a ouvert les yeux.
Au fond c'est du même ordre que le "plafond de verre" dont parle les féministes. Il y a une invisibilité (paradoxale), dans notre société, de "l'être noir", qui conduit à vouloir expliquer par je ne sais quels paramètres sociaux, économiques, géographiques, historiques, psychologiques, ce qui pourtant se voit comme le nez au milieu du visage, et même plus.
François Bayrou dans son discours de 2006 a été, à ma connaissance, une des premières personnalités politiques françaises à appeler les Noirs des Noirs - et à reconnaître s'être longtemps trompé en ne voyant pas cette question de la couleur. J'étais dans la salle et j'en étais très ému (et très étonné). Mais il reste, je crois, du chemin à faire pour aller au-delà de la couleur et pour reconnaître les cultures (pas la : les, le CRAN avait fait un très bon choix d'article) nées de cette couleur.
Je suis très heureux de lire ce billet, fort précis. Je pensais Patrick Lozès toujours MoDem. Tant pis.
Ce retour sur un évènement de campagne est très riche de renseignement sur le travail d'une équipe et d'un leader.
Quoi qu'en pense un des commentateurs, Bayrou mérite toujours d'être défendu. Il donne tant d'espoir à tant de français. Croire qu'il serait infaillible et ne commettrai jamais d'erreurs est enfantin.
En l'occurrence, pour cette histoire, nous lisons là les faits mis en perspective.
Même 2 ans après, c'est bien de le faire.
D'ailleurs, il y a plus de deux ans, j'écrivais :
http://www.fabien-benard.eu/index.p...
En osant sourire, il est sur que beaucoup de nos concitoyens sont souvent à cran, et nous devons le comprendre, quand ils ne sont pas tout simplement à" fleur de peau". Noire.
Respectueusement
Fabien, issu de tant de mélanges et de diversité.
merci FB de Nice ! de nous rappeler ce billet, qui m'avait échappé à l'époque.
Et vive la "reconnaissance positive" !
Arrêtons avec la "diversité" : c'est une invention des conservateurs destinée à déplacer sur le terrain superficiel des apparences physiques les vrais clivages, qui sont politiques, culturels ou sociaux.
Dans cette perspective, la proximité de M. Lozès avec la Droite sarkozyste n'a rien d'étonnant.
Merci Fred pour ce billet fort intéressant, tant sur le fond de la question, que sur la forme / l'urgence liée à une campagne présidentielle.
Je vais peut-être tomber comme un cheveu sur la soupe, mais je trouve que la réponse de FB (celui de Pau), y compris la dernière, n'était pas erronée, mais incomplète. D'une part on peut en effet faire référence à l'aspect géographique de la culture noire sans la nier, c'est le principe même du panafricanisme, surtout dans sa composante sub-saharienne (à l'origine de la philosophie de l'ANC et de nombreux mouvements indépendantistes, si je ne me trompe). D'autre part, il est de toute première importance de distinguer les cultures africaines et la diaspora noire (européenne, américaine ou asiatique). En France, les problématiques auxquelles font face la deuxième ne sont pas uniquement liées à la couleur de peau, mais aux déséquilibres cumulés - non spécifiques aux noirs - provenant de politiques d'intégration défaillantes, de difficultés socio-économiques propres aux banlieues (emploi, cadre de vie, déstructuration familiale, manque de relais sociaux), de pertes de repères dans certains cas (à partir de la deuxième génération d'enfants nés en France de parents immigrés mais n'ayant jamais pu rétablir les liens familiaux et ne bénéficiant pas d'un ensemble familial / communautaire fort en France).
Finalement, la question doit aussi intégrer les méfaits (le mot est faible) de la politique coloniale, mais qui ne sont pas uniquement spécifiques à la culture noire (Afrique du Nord, Proche-Orient, Indochine, Mélanésie, Amérique du Nord). Bref, la culture noire existe bien, mais elle englobe des facteurs d'identité et des problématiques socio-économiques distincts selon la localisation géographique et l'histoire récente du sous-groupe.
La réponse politique, est elle totalement différente selon le sous-groupe, l'un appelle une réponse forte de politiques intérieures (économique, travail, éducation, justice, etc.), l'autre une réponse forte de politique étrangère (co-développement, droits de l'homme, politique commerciale, etc.) déclinée différemment selon le pays ou la sous-région. La politique culturelle / historique peut s'adresser à la communauté noire dans son ensemble, mais il n'est pas forcément aisé pour un politique (et dans l'urgence) de dépasser les problématiques et réponses concrètes qui s'y affèrent selon le sous-groupe.
@Arnaud,
Je crois sincèrement que les termes utilisés par FB expriment parfaitement votre analyse.
En deux phrases tout est dit.
Bonjour et merci à tous,
Comme je l'ai dit en fin de comm#4, personne (ni moi, ni François Bayrou, ni le CRAN) ne prétendrait qu'il existe "une (seule) communauté noire", encore moins "une culture noire", ça n'a pas de sens ; ni "un monde noir".
Le CRAN parlait de "cultures noires", et avait, à mon sens, bien raison d'utiliser ce pluriel.
D'autre part, réduire les cultures noires à un ensemble de difficultés socio-économiques qu'il s'agirait de résoudre par une politique égalitaire, on ne peut répondre à ça que par un grand éclat de rire, que j'espère libérateur :-o0O
Merci à vous,
Votre billet explique clairement qu'au-delà des apparences les mots marquent des différences, des nuances, et qu'il faudrait peut-etre les lire dans leur 'entier'.
Ainsi en toutes choses, tout comme sur le web, ne pas se laisser abuser .
J'ai vraiment apprécié ce billet à sa juste valeur, vous parlez des cultures noires, en fait, j'ai un faible pour le terme d'Aimé Césaire "négritude".
@ Manon : merci pour votre appréciation. Vous poussez exactement le débat là où il se dirigeait, sur ce terme magnifique et piégé, riche de significations et projections, "négritude". Au singulier.
Je suis en train de lire la bio de Léopold Sédar Senghor par Hervé Bourges, il revient naturellement sur ce terme, je ne suis pas sûr qu'il aille au fond des choses.
Il faudrait s'imaginer ces deux lycéens qu'un océan et deux siècles d'histoire séparent, et qui se font face dans un couloir de Louis-Le-Grand - "tu seras mon bizuth" - la couleur, seul point commun, fait leur communauté. (Voir l'anecdote symétrique sur "Barrie" et Coretta seuls "Noirs" du lycée, dans "Les rêves de mon père"). Leur découverte mutuelle, leur amitié, et face à la montée des nationalismes dans les années 30, alors que chaque groupe ethnique revendique sa fierté, une forme de nécessité-d'être-au-monde ... la découverte fantastique que l'affirmation ne nous est pas interdite, que nous aussi Noirs nous pouvons, nous devons être nous-mêmes.
... Est-ce que cela fait une culture ? Je l'ignore. Obama semble en douter dès ses 20 ans. Est-ce que cela fait une frontière, une serre à l'intérieur de laquelle des cultures se ramifient, rhizoment, fleurissent... ? Je crois que oui ...
"... Est-ce que cela fait une culture ? Je l'ignore. Obama semble en douter dès ses 20 ans. Est-ce que cela fait une frontière, une serre à l'intérieur de laquelle des cultures se ramifient, rhizoment, fleurissent... ? Je crois que oui ..."
Si les conditions sont réunies peut-etre que oui, mais en prenant le simple exemple des Antilles, chaque ile est différente et a son identité propre.
Et puis certains sont issus d'un déracinement (Antilles, AN/S etc...) , et les autres pas (Af) .
Le code couleur parait un trait d'union mais en fait ne l'est pas réellement, le Nigéria pourrait en etre un reflet.
Quid des cultures métisses ou les ranger en code couleur ? Ces grands oubliés !
J'aimais ce terme de Négritude car il portait en lui toute la palette y compris les tons les plus nuancés.
Cordialement
@Frédéric et Fanal,
"Ainsi en toutes choses, tout comme sur le web, ne pas se laisser abuser ."
Je vous ai lu ailleurs... pas mon blog, que la troisième fois. :((((
Cordialement
Frédéric,
Vu le succès de ton article sur Patrick LOZES (que je ne connaissais pas du tout) , pourrais-tu nous faire une analyse sur Azouz BEGAG ?
Merci,
Olivier de SOPHIA ANTIPOLIS
@ Manon #14 : désolé, je ne saisis pas ?...
@ Sophiamodem #15 : cette question m'honore ! Vous trouverez sans doute votre bonheur sur la blogosphère MoDem : 103 billets sur M. Begag sont recensés sur http://blogsmodem.ruwenzori.net/sea... . De mon côté, désolé, je n'ai aucune info concernant M. Begag. Je ne connais presque rien non plus au monde arabe et n'y ai jamais vécu, plus exactement un peu moins d'une semaine ... j'en avais tout de même fait un billet !!! http://demsf.free.fr/index.php?post...
Terre bleue comme une orange, dalle d'épidaure, maison blog.
Plus clair ainsi?
@ Manon : déjà, ça crée un lien
@Frédéric,
Très juste
Eh bien pour ma part, je partage très exactement le point de vue de François Bayrou :
Je ne sais pas ce que sont les « cultures noires ». Pour moi, les cultures relèvent de la géographie et de l’histoire et non de la couleur de la peau.
Je ne changerais pas un mot à cette réponse, quels que soient les continents ou les siècles considérés.
@Christine,
Tout à fait d'accord.
Sujet très intéressant et très sensible...
On ne peut non plus parler de "cultures blanches", mais chaque pays a son Histoire et sa Culture. Vivant entre deux pays européens, je vois très bien les énormes différences qu'il y a entre deux pays si voisins, juste entre la France et l'Allemagne.
Certes, vu d'un large coup d'oeil, on pourrai parler de "cultures noires", je pencherais plutôt pour les réponses de F. Bayrou et quelques affirmations d'ArnaudH. Auxquels j'ajouterais le fait que les "cultures noires" importées se trouvent localisées en Ile-de-France.
Dans tout le reste du pays, il y a quelques citoyens de couleur noire, mais ils sont totalement intégrés dans la société laquelle ils vivent. J'ai une amie noire, mariée à un Français blanc, personne ne regarde plus la couleur de sa peau. Par contre, j'ai été invitée un jour à un mariage antillais en Ile-de-France, les "blancs" y étaient en minorité. Nous logions dans un hôtel où il n'y avait que des "noirs", clients comme gérants et réception... Antillais et Africains de plusieurs pays.
Je pense que cette "concentration" due à l'immigration non maîtrisée - c'est-à-dire sans intégration - pendant plusieurs décennies, a conduit à une situation complètement en porte-à-faux créant une grande différence entre Paris-Ile-de-France et le reste du pays.
En Charente-Maritime, par exemple, où je suis une grande partie de l'année, on ne rencontre aucun "noir" dans la rue. Alors que dans le RER parisien, c'est la majorité des voyageurs... Il ne faudrait donc pas prendre Paris pour toute la France, j'ai l'impression que c'est ce que fait le CRAN... et Frédéric un peu aussi.
F. Bayrou a répondu comme un Français vivant en France, hors Paris et sa région. C'est Paris qui impose au reste du pays non seulement la presse écrite mais aussi télévisée, tous les médias et formate tout le pays, y transfère ses propres problèmes. Même les horaires des programmes TV sont calqués sur le mode de vie parisien, alors que dans le reste du pays on vit à un tout autre rythme.
Ceci dit, pour revenir aux "cultures noires", il faudrait donc les examiner sur leur continent, l'Afrique, à la lumière de son Histoire, de son économie, de sa géographie. Car c'est de ce continent qu'est partie l'humanité, dont nous sommes tous issus. Puis il faudrait analyser les cultures noires "importées" comme celle des Antilles, de la Réunion, de l'Ile Maurice, etc...
Il faudrait se poser la question des raisons de l'exploitation qui a été faite du continent africain par les autres "cultures". et même par les autres "cultures noires". Et qui a conduit à la paupérisation de larges couches sociales poussées à l'émigration pendant des siècles, émigration obligée au début puis bénévole, puis poussée par le besoin de survivre.
POURQUOI? Quand on parle de "négritude" ou de "cultures noires", je trouve qu'il ne faut pas éluder ces questions. Y trouvera-t-on une réponse qui ne soit pas forcément "politiquement correcte" mais qui permette de trouver une anamnèse pour obtenir des solutions pour l'avenir ?
Ce qui est indéniable, c'est qu'il y a un problème devant lequel la majorité des habitants de notre planète se ferme les yeux. Tant parmi ceux de "cultures noires" que des autres. Et qu'on ne raconte pas que cela vient de "l'exploitation" du continent noir. Certes c'est une des raisons. Soit.
Mais POURQUOI s'est-il laissé exploiter pendant des siècles et pourquoi se laisse-t-il encore exploiter? Maintenant par les Chinois qui s'ajoutent aux autres...
Quelles sont les raisons profondes de cette soumission, de cette non-révolte qui perdure?
Réclamer une "reconnaissance" des "cultures noires" en France, ne résoudra pas le problème de l'Afrique.
Ce qu'il faut réclamer en France, c'est tout simplement le RESPECT DU CITOYEN, quelque soit la couleur de sa peau, car il y a formation "d'élites" par un système quasi-monarchique, et mépris de tous ceux qui n'en font pas partie, spécialement de ceux qui sont pauvres et peu instruits.
C'est LÀ à mon avis qu'il faut faire quelque chose, car un analphabète ou un pauvre sera tout autant méprisé - qu'il soit blanc, noir ou arabe... Et le racisme amplifie la discrimination. Mais vouloir faire ressortir une "communauté" de l'ensemble des citoyens ne fait qu'exacerber le racisme des autres qui souffrent tout autant mais qui se sentent oubliés.
Je suis personnellement contre le traitement particulier de "communautés", mais pour un débat profond, sérieux et sans complaisance sur les discriminations et le non-respect du citoyen en France. Elles sont de tout ordre et touchent toutes les couleurs de peau et toutes les origines.
Travaillant dans le recrutement, je vois bien qu'un citoyen ayant comme prénom Mohammad n'obtiendra pas le poste offert dans une entreprise si un candidat au nom culturel français se présente avec la même qualification. C'est LÀ qu'il faut agir, ce sont les mentalités qu'il faut transformer en insistant sur le respect de l'être humain et du citoyen.
Sur les salons internationaux, j'ai souvent rencontré des Directeurs Export de boîtes allemandes qui étaient noirs ou arabes. Je leur ai dit qu'en France, ils n'auraient pas grand chance d'avoir de postes similaires, à cause du racisme rampant, inavoué mais bien présent. Ils avaient été embauchés parce qu'ils parlaient français et anglais.
C'est LÀ qu'est la racine du mal. Faire accepter à la société qu'un être humain est un être humain et qu'il doit être respecté en tant que tel et quelle que soit la couleur de sa peau.
Une anecdote pour finir. J'ai beaucoup aimé ma grand-mère qui était une "grande dame", décédée à 97 ans il y a deux ans. Elle savait à peine lire et peu écrire car elle n'avait pas pu aller à l'école à cause des 2 guerres. Mais elle avait de la "classe", ses parents avaient été servants chez des châtelains, elle avait donc grandi dans ce château. Elle avait du caractère, inspirait le respect.
J'ai été invitée il y a un mois en Bretagne à une immense fête d'anniversaire dans les champs au milieu des ânes, chevaux, coqs et poules, autour d'un immense "méchoui". Il y avait des gens d'un peu partout, de France, d'Allemagne, de La Réunion et des Antilles. Et là, surprise, une invitée des Antilles, belle noire d'environ 60 ans, grande au port altier, ressemblait trait pour trait à ma grand-mère, elle avait "juste" la peau noire. Nous avons immédiatement sympathisé et longuement discuté. Son mari, à la peau très noire, est totalement intégré dans le village près de Perpignan où ils habitent depuis quelques années. Pas de discrimination, l'intégration a eu lieu des deux côtés. C'est à l'hôte d'accueillir celui qui arrive, et c'est aussi à celui qui arrive de s'insérer dans le milieu dans lequel il vient.
Petit à petit, le tissu social évolue et les métissages donnent à la société son visage. Je ne suis pas pour les communautarismes, c'est une grande erreur qui ne peut qu'amener des conflits.
Nous sommes tous issus de migrations au travers des siècles... et ma famille avait sûrement des ancêtres noirs, asiatiques, arabes, goths et autres arrivants... Tous se sont petit à petit fondus dans le tissus social ambiant pour faire de la France ce qu'elle est aujourd'hui. Demain, elle aura encore un autre visage.
Le principal, c'est de respecter l'être HUMAIN et là, il y a problème...
Je ne sais pas si j'ai réussi à exprimer ce que je voulais dire... et j'espère que mes propos ne seront pas tordus ni sortis de leur contexte...
Bonjour Danièle et merci tant pour ta sensible sincérité que pour le temps que tu consacres à ce billet !
Il y a tout de même (au moins) deux affirmations qui m'étonnent dans ton texte !
Quand le CRAN souhaitait un Centre "International" des Cultures Noires, il ne voulait sans doute pas dire "francilien" ni même "français". Mais rien qu'en France, il y a des départements où les Noirs sont bien plus Nombreux qu'en Ile-de-France, ton commentaire en cite quelques-uns.
L'idée reçue sur l'Afrique qui s'est "laissée exploiter" par les Europeens et les Arabes est non seulement historiquement aberrante mais aussi humainement absurde. Dirait-on que les Gaulois de Vercingétorix se sont laissés exploiter par les Romains, que les Incas se sont laissé exploiter par les Espagnols, que les Tibétains se laissent exploiter par les Hans, ...? Je ne peux que conseiller la lecture de livres d'histoire (ou du "discours sur le colonialisme" d'Aimer Cesaire, que F Bayrou ministre avait inscrit au programme des lycées) ... Juste pour fixer les idées, en prenant le cas d'un pays si tranquille que sa "pacification" ne fait pas une ligne dans nos livres scolaires, des villages entiers de l'actuel Burkina Faso se sont fait sauter plutôt que de se rendre à l'envahisseur français. Paix à leurs âmes et à leur mémoire.
Sur "l'exploitation" de l'Afrique, je ne parlais pas du temps des Romains, mais bien d'aujourd'hui, situation qui remonte à très, très loin et qui n'a guère changé...
Ton rappel des Gaulois et des Romains n'est donc pas "logique" et élude la question par une pirouette rhétorique.
Aujourd'hui, l'Afrique est colonisée - sans que le mot ne soit utilisé, car on lui a donné des couleurs "démocratiques" qui sont un leurre - et elle l'a été pendant les siècles précédents. Ma question du pourquoi reste donc intacte.
Tu écris qu'il y a des départements où les noirs sont plus nombreux qu'en Ile-de-France. Tu parles certainement des Dom-Tom comme les Antilles et La Réunion.
Il se trouve que je connais très bien La Réunion, mon frère y vit depuis plus de 30 ans et j'y suis allée certes en touriste, mais vu la proximité familiale, j'en connais tous les recoins sociaux. Et pour moi, ce territoire vit encore sous la colonisation.
Les "z'oreilles", les "métros" ont l'argent et le pouvoir, ce sont eux qui fixent les prix bien trop élevés pour le reste de la population. Les fonctionnaires venus de métropole touchent une prime supplémentaire à leur salaire, ce qui fait monter les prix inévitablement, au détriment du reste de la population.
Tous les "défiscalisés" et les retraités fortunés qui s'y installent font de même. C'est de la colonisation qui ne dit pas son nom.
Le département s'est tellement installé dans ce système que lorsqu'on lit les journaux, les annonces matrimoniales, on tombe sur un argument positif pour trouver un ou une épouse qui est : "RMI assuré". Voilà à quoi on a réduit ce département...
Une autre partie de ma famille vit à Maurice, petite île indépendante où les descendants d'esclaves déploient des trésors d'ingéniosité pour se créer des revenus. Chacun est par la force des choses un petit entrepreneur, car il n'y a pas de RMI, pas de grand Etat derrière, l'île se débrouille seule depuis les années 70 et en est très, très fière. Les Mauriciens avec lesquels j'ai lié amitié sont des des pêcheurs qui vivent de leur pêche. Ils arrivent le matin à 5h en mobylette, portant leur moteur sur le dos - leur seule "richesse" partent en mer et rentrent vendre leur poisson vers 13-14h au marayeur qui les attend sur la place du marché aux poissons. Ils me disaient souvent: "Les RMIstes réunionnais qui viennent à Maurice en visite jouent les hautains parce qu'ils ont plus d'argent que nous, mais ils seraient incapables de vivre s'ils n'avaient pas le RMI, ils ne savent pas se débrouiller, beaucoup se suicideraient".
Un jour, il faudra se poser la question des DOM-TOM dans leur structure actuelle. La crise des Antilles n'en est qu'un avant-goût. Elle laisse paraître en filigrane ce qui va se passer dans les décennies qui viennent, car ces situations sont profondément malsaines et hypocrites.
Pour revenir à la métropole, c'est uniquement en Ile-de-France que la question se pose et il faudrait la traiter en tenant compte de ce fait.
Car tout le reste du pays écoute toutes ces informations, mais ne les vit pas au quotidien. C'est comme avec la violence. Les JT en sont pleins, les gens en ont peur même dans les campagnes où il ne se passe rien et où on ne ferme jamais sa porte à clé...
Le sujet est vaste et demanderait d'être traité sans langue de bois...
Que préconisez-vous donc Danièle pour les Doms ?
Suis curieuse de votre analyse à ce sujet, étant donné vos expériences vécues.
Bonsoir tout le monde,
Lancé par un Blanc, ce débat semble avoir attiré essentiellement des Blancs. Qui sont très bien placés bien sûr, et ont beaucoup de choses à dire (onze écrans sur mon mac !) mais à force, ça me donne une impression genre parler des femmes uniquement entre hommes ou des musulmans uniquement entre non-musulmans : on peut causer, mais y va manquer queq'chose pour que la sauce prenne.
En revanche, étant francilien, d'ailleurs du département le plus musulman de France après Mayotte, je serais intéressé pour savoir de quelle "question" à "traiter" Danièle parle quand elle écrit "c'est uniquement en Ile-de-France que la question se pose et il faudrait la traiter en tenant compte de ce fait" ? S'agit-il de la question de créer ou non un Centre international des cultures noires (la revendication du CRAN à l'origine de l'histoire) ? Ou d'une autre question ? Merci d'avance !
Frédéric,
Ce qui me gène, et me choque même, en France, c'est cette habitude qu'ont les Parisiens et les France-Iliens (?) de penser qu'ils sont LA France...
Bien sûr que je suis d'accord pour un centre culturel des cultures noires à Paris ou à Marseille. Aucun problème.
Mais dans la façon dont cette "demande" est exprimée, je retrouve cette incroyable perception des gens d'Ile-de-France d'eux-mêmes, pensant que toute la France est comme eux.
Or cette particularité, comme tu l'écris: "le département le plus musulman de France après Mayotte" n'est PAS française. Ces communautarismes n'existent PAS dans la France hors Ile-de-France. Et pourtant c'est Paris qui formate tout le pays, car TOUS les médias ont leur siège à Paris et les journalistes et responsables médias y côtoient les "décideurs" de tout ordre et décrètent ce que le pays est et doit penser.
Je m'insurge contre cette pratique centenaire, qui tient tout un pays dans la dépendance et l'infantilise... c'est tout ce que je veux dire.
Il y a plein de coins en France où il n'y a pas du tout de noirs ni de musulmans, et où les populations sont formatées à penser comme Paris, alors qu'elles vivent une tout autre réalité. Ce sont des cas isolés sur de grandes parties du territoire et ils sont totalement intégrés - et respectés parce qu'ils sont intégrés. Mais dès que des "communautés" se forment, elles se rassemblent et entraînent irrémédiablement une réaction de la part de la population où elles se sont installées. Il faudrait arrêter l'angélisme et la mauvaise conscience.
C'est toute la politique sociale et d'intégration de l'immigration qui est bancale depuis plusieurs décennies en France. Bien des choses sont taboues et n'ont pas le droit d'être discutées en raison de la "pensée unique" distillée par les médias de la capitale à tout le pays.
Alors oui, bien entendu, un centre des cultures noires à Paris ou ailleurs - pourquoi la prétention "international" puisqu'il est situé sur le territoire français ? J'aime bien l'expression "Maison du monde arabe" c'est mieux pensé, chaque mot est pesé et point de mot "international" ou "cultures"...
Voilà, je me doute que tu n'es pas d'accord, mais j'ai l'habitude de dire ce que je pense.
Je viens d'ailleurs de lire sur le Nouvel Obs le post d'une internaute au sujet de la burqa. La question posée était:
Burqa : Vous êtes partisan de tout faire pour convaincre les femmes de l'enlever ou d'interdire son port dans les lieux publics ?
Voici une partie de la contribution de SENSHIMOUNIA - Wolfsburg - 17.08.2009 14:19
"Je suis francaise d'origine marocaine, j'ai beneficie d'une education laique, ma mere, ma grand mere n'a jamais porte de burqa ni meme le moindre foulard, ma famille musulman modere, comme la majorite des musulmans de France, sont integres, bien qu'Ils habitent une cite!!
J'ai fait des etudes, suis mariee a un italien catholique et vis en Allemagne ou le probleme de la burqa est aussi tres brulant! Mais l'Allemagne a le merite d'aborder le probleme d'une autre perspective"
Voilà, je vis aussi dans ce pays où il y a bien moins de tabous et où on appelle un chat un chat.
Cette musulmane confirme. Ce que je vois en France me gêne profondément et je ne cesserai de le dire. C'est pourquoi j'ai réagi de manière un peu forte à ce fil.
Cordialement
Danièle
@Danièle,
Merci de ton long commentaire, pourtant je ne suis pas en harmonie.
Ecrire, que la problématique soulevée n'est que francilienne c'est faire abstraction de villes comme Marseille Lyon Toulouse etc.
Ensuite tu évoques l'institut du monde Arabe, là aussi il y aurait à dire et décrier, car la culture dite Arabe est issue d'un melting pot d'identités diverses et variées.
Je crois que la clef résiderait plutot dans l'utilisation d'un terme non pas à référence identitaire ou code couleur mais plutot dans une référence géographique à l'instar du musée de l'océanie.
Bonne journée.
@ Manon:
Merci de tes remarques.
Tu évoques Marseille, Lyon et Toulouse, mais la situation n'y est pas du tout la même qu'en Ile-de-France, Paris inclus.
A Marseille et Toulouse, villes du sud, l'approche est toute différente et les arrivants venus de plus au sud n'y sont pas traités comme en IDF. Lyon, je connais moins.
Ensuite tu écris:
"l'institut du monde Arabe, là aussi il y aurait à dire et décrier, car la culture dite Arabe est issue d'un melting pot d'identités diverses et variées."
Bien sûr, mais ce qui unit le "monde" arabe, c'est la langue, l'arabe classique. Pour l'avoir étudiée et avoir vécu un certain temps en Jordanie, je sais bien que chaque pays a ses particularismes.
Mais c'est comme entre Lille et Perpignan. Qu'y a-t-il de commun entre ces deux "cultures" si ce n'est la langue française, que les gens parlent à côté de leur langue régionale et les lois du pays dans lequel ils vivent et l'Ecole qui a formaté la pensée. Mais il n'y a RIEN de commun dans la vie de tous les jours, dans la perception de leur monde, leur cuisine, leurs chants, leurs fêtes, etc... ce sont des cultures différentes. Et pourtant ils se réclament de la culture française.
Dans chaque pays arabe on parle un arabe dialectal, mais tous comprennent l'arabe classique, celui du Coran, celui qui est parlé à la radio et à la TV. Et puis il y a les poètes, les romanciers, la musique, comme Fairuz http://fr.wikipedia.org/wiki/Fairuz (en arabe avec sa photo:- http://ar.wikipedia.org/wiki/%D9%81... ) Oum Kalsoum - http://fr.wikipedia.org/wiki/Oum_Ka... - l'écouter donne la chair de poule... , ou Farid El Atrache http://fr.wikipedia.org/wiki/Farid_... qui sont des liens forts pour les gens du TOUT le "monde arabe" du moins du temps où j'étais en Jordanie. Cette musique envoûtante, cette poésie parlent à tous dans le "monde arabe"...
Je trouve personnellement le nom choisi "Institut du Monde Arabe" bien choisi. Le "monde arabe" est très varié, très divers, mais réuni par la langue. Un tel institut a donc sa raison d'être...
Il est clair que d'autres cultures - d'autres langues - comme le berbère - http://fr.wikipedia.org/wiki/Tifina... n'en font pas partie...
@Danièle,
Merci, excellente soirée.